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Pierre Semard, 1887-1942
Histoire singulière d’un cheminot dirigeant syndical et politique, et figure héroïque
Rappel de la problématique du colloque organisé par le centre Georges Chevrier et l’Institut d’Histoire Sociale des Cheminots – fédération CGT, les 25-26 janvier 2007 à Dijon
A l’occasion du 120e anniversaire de la naissance de Pierre Semard, du 90e anniversaire de la Fédération des cheminots CGT mais aussi du 70e anniversaire de la SNCF , l’Institut d’histoire sociale des cheminots CGT et l’Université de Bourgogne ont décidé d’organiser un colloque autour de la figure de celui qui fut secrétaire général de la fédération des cheminots mais aussi un dirigeant du mouvement communiste, et dont l’exécution par les autorités allemandes d’occupation en 1942 suscita une émotion et une réprobation qui firent dès lors de Pierre Semard une figure de la lutte des cheminots pour l’indépendance nationale. Ainsi le nom de Semard, certainement l’un des plus familiers –notamment parce que nombre de cités, places et rues portent son nom- est devenu, après 1945, emblématique de l’action syndicale et patriotique des cheminots. Semard est un des dirigeants ouvriers dont le souvenir a été entretenu durablement, dans les années d’après-guerre, par des commémorations organisées par le PCF et la CGT.
L’objectif de ce colloque est de mieux connaître et donc comprendre pourquoi Semard est devenu ce symbole. Sa vie durant il fut l’un des acteurs essentiels de l’histoire sociale et politique des organisations ouvrières politiques et syndicales. Socialiste, syndicaliste puis dirigeant communiste français et membre de l’Internationale communiste, il occupa, dès les années 1920, des responsabilités de premier plan. Homme de conviction, à plusieurs reprises emprisonné, il fut de ceux qui ne se renièrent pas. Pour autant, sa réflexion et son expérience, le conduisirent également à se méfier et à refuser le volontarisme et l’activisme tant syndical que politique. Il s’opposa ainsi à certaines orientations dont il pressentait et dénonçait le sectarisme. Critiqué il fut souvent l’objet d’intrigues dont il fut à différents titres victime. Mais sa constance, sa connaissance des dossiers, son goût de l’écriture et du contact avec les militants en firent un personnage dont la popularité s’affirma progressivement au cours des années 1930, lorsqu’après avoir été secrétaire général du PCF, il prit en charge la direction de l’une des plus grandes fédérations syndicales, celle des cheminots, qui joua de plus un rôle essentiel dans la réunification de 1936.
Combattant inlassable d’un syndicalisme d’action et de masse, il n’en devint pas moins l’un des représentant autorisé du mouvement syndical au sein du conseil d’administration de la SNCF où il fit entendre les propositions syndicales en faveur d’un système de transport développé et d’une amélioration des conditions de travail de l’ensemble des cheminots. Sa fidélité aux engagements antifascistes, son implication dans l’orientation de la CGT contre le nazisme, lui valurent bien des inimitiés. Son arrestation, à l’automne 1939, son internement, comme sa condamnation par un tribunal militaire en avril 1940, puis son exécution en 1942 comme otage, jalonnent la fin d’une vie au cours de laquelle Pierre Semard a affronté la répression avec la conviction que celle-ci confortait ses engagements et son expérience.
Les nombreuses archives d’organisation comme les écrits personnels, ainsi que les recherches engagées ces dernières années sur les organisations ouvrières où Semard a joué un rôle central, permettent la tenue d’un colloque qui s’intéressera également à la manière dont la connaissance historique peut s’enrichir de l’évocation mémorielle d’un dirigeant historique de la Fédération CGT des cheminots au moment où celle-ci porte un regard sur son histoire et celle de la SNCF
Ainsi le colloque se proposera d’appréhender l’ensemble de l’itinéraire militant de Pierre Semard autour de quatre thèmes, identifiés comme suit:
1/ Apprentissages et enracinement bourguignon
2/ Le combattant syndical
3/ Le dirigeant communiste
4/ Mémoire et commémoration
Le parcours d’un militant cheminot
Serge Wolikow débute son introduction au livre issu du Colloque consacré à Pierre Semard par quelques réflexions sur l’importance de l’histoire ouvrière dans l’histoire et la singularité de la contribution du militant Semard à cette histoire ouvrière
«… Qui veut comprendre non seulement la culture politique de la Gauche mais aussi les valeurs démocratiques et sociales qui ont marqué ce pays ne peut l’ignorer (l’histoire du mouvement ouvrier) .(…) Loin d’être repliée sur les marges de l’histoire générale, l’histoire ouvrière se situe au contraire en son cœur. Il n’est pas d’histoire sociale et politique de la France qui puisse se priver d’une connaissance attentive de ce qu’a été cette histoire qui désigne tout à la fois celle des travailleurs de l’industrie et des transports comme celle de leur mobilisation, de leur organisation pour affirmer leurs revendications économiques, pour faire valoir leurs aspirations et leurs valeurs. (…) Elles ont été prises en charge par des leaders issus des milieux populaires et ouvriers mais pourtant capables de tenir face aux élites politiques et sociales dominantes.
Pierre Semard fut un de ces dirigeants ouvriers dont le passage dans la politique n’effaça pas les idéaux et les valeurs qui avaient présidé à ses premiers engagements. (…) Ce livre ne participe pas d’une commémoration (…) Au long des différents chapitres, les auteurs s’intéressent à ce qui, dans l’histoire de l’action de Semard, a pu nourrir ensuite sa mémoire et en faire aujourd’hui un objet d’histoire. (…) Comment ignorer le poids des deux guerres dans l’histoire de Pierre Semard, comment ne pas prendre la mesure de la relation parti – syndicat quand on scrute son activité comme dirigeant politique et syndical ? Il est également profondément impliqué dans la relation qui se noue entre le mouvement révolutionnaire français et la révolution russe, puis l’Internationale communiste. (…) Une singularité supplémentaire renforce encore l’intérêt de sa figure pour l’historien : Pierre Semard, homme de la transition entre différentes époques et entre les diverses organisations ouvrières.
Extrait des cahiers de l'institut n°32, 2e et 3e trimestre 2007
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