Actualités

Le massacre de Charonne, un CRIME D’ÉTAT

Le 7 février 1962, les organisations syndicales CGT, CFTC, UNEF, SGEN-CFTC, FEN et les partis politiques PCF et PSU appellent à manifester à Paris dès le 8 février, pour la paix en Algérie et en réponse aux attentats à l’explosif commis le jour même par l’Organisation de l’armée secrète (OAS).

Le préfet de police, Maurice Papon – qui avait organisé le massacre du 17 octobre 1961 contre les manifestants indépendantistes algériens (plusieurs centaines de morts) – interdit le rassemblement.
La manifestation ayant quand même lieu, il encourage la police à charger le défilé. L’intervention policière est d’une extrême violence et coûte la vie à neuf manifestants à la station de métro Charonne, tous membres de la CGT et, pour huit d’entre eux, membres du PCF. Plus de 250 manifestants sont blessés.

Le 12 février 1962, le Premier ministre Michel Debré affirme dans les locaux de la police parisienne, « le témoignage de sa confiance et de son admiration ». Il adressera par la suite à Maurice Papon (le 13 avril 1962) un courrier dans lequel il rendra « un particulier hommage à [ses] qualités de chef et d’organisateur, ainsi qu’à la façon dont [il a] su exécuter une mission souvent délicate et difficile ».

Le 13 février, une foule immense accompagne les dépouilles des martyrs jusqu’au Père-Lachaise. Les victimes sont : Jean-Pierre Bernard, 30 ans, dessinateur aux PTT ; Fanny Dewerpe, 31 ans, secrétaire ; Daniel Féry, 15 ans, apprenti ; Anne-Claude Godeau, 24 ans, employée aux Chèques postaux ; Hippolyte Pina, 58 ans, maçon ; Édouard Lemarchand, 40 ans, employé de presse ; Suzanne Martorell, 36 ans, employée à L’Humanité ; Raymond Wintgens, 44 ans, typographe. Maurice Pochard, employé de bureau, 48 ans, décédera le 20 avril 1962 de ses blessures.

Charles Massabieaux revint longuement sur ce massacre dans La Tribune des cheminots de février 1962.

De nombreux historiens verront dans cet événement un gage donné aux milieux d’extrême droite, très influent dans l’armée et dans la police, et affirmeront le caractère prémédité de cette tuerie pour démontrer à l’armée et à la droite conservatrice que le rempart contre le communisme était maintenu par l’État.

Daniel Junker, membre du bureau de l’IHS.

© DR. Coll. IHS-CGT cheminots