Drame du 5 septembre 1942 au Dépôt SNCF de Sotteville-lès-Rouen
Devoir de mémoire…
À l’origine ce monument aux morts était érigé au dépôt SNCF historique de Sotteville, construit en 1883 et communément appelé dépôt des locomotives, dépôt ou dépôt sédentaires. Lieu du drame, ce site, 1 rue Gaston Contremoulins, est proche de cet atelier du Technicentre lignes normandes qui l’a remplacé en 2023. Plus qu’un cénotaphe, cette « sentinelle de pierre » est ici au service de la mémoire vive des cheminots du Matériel, « Chiffons gras » hier, opérateurs techniciens aujourd’hui. Elle rend hommage à 26 des leurs qui y perdirent la vie en service, le 5 septembre 1942 lors d’un bombardement. 57 autres victimes tuées et 9 fusillés ou morts en déportation s’y ajoutent. Puissent les générations futures de cheminots se souvenir longtemps en ces lieux de ces 92 martyrs de la Seconde Guerre mondiale et, avec elles, des valeurs qui ont triomphé du totalitarisme nazi…
De la mémoire à l’histoire…
Il fait beau à Sotteville ce samedi 5 septembre 1942. À 10 h 30 une alerte retentit, la treizième depuis le début de l’année. Puis sonne la fin de celle-ci. Après trente minutes d’appréhension à scruter le ciel, c’est le soulagement pour celles et ceux de Rouen et sa banlieue. Dans les têtes, les 51 morts et la centaine de blessés déplorés dix-neuf jours plus tôt, au soir du 17 août, lors du premier raid aérien américain de l’US Air Force sur l’Europe occupée. Mais le répit est de courte durée. Les sirènes retentissent de nouveau à 11 h 30. Pour de bon, cette fois ! Le reflet du soleil à l’ouest à une très haute altitude sur les ailes et fuselages redoutés est sans équivoque possible. Près d’une quarantaine de bombardiers escortés de chasseurs apparaissent hors de portée des tirs de la D.C.A. allemande. Comme à la parade, cette plus forte concentration d’appareils jamais réalisée à cette date survole d’abord Rouen, Sotteville, Saint-Étienne-du-Rouvray, Oissel, puis fait demi-tour et pilonne une à une les installations ferroviaires des lieux. L’attaque dure moins de dix minutes mais ses dégâts sont considérables tout à l’entour ; bien plus en proportion que sur les cibles ferrées assignées. Sur les deux rives de la Seine c’est l’effroi, la désolation… 65 bombes sont tombées sur Rouen et 70 tonnes d’explosifs rien que sur les installations SNCF de Sotteville. 103 Rouennaises et Rouennais perdent ainsi la vie sur un total de 122 tués, près de 200 blessés, pour la plus grande partie à Sotteville. Au dépôt, c’est le drame ! Atteinte par une torpille, sa tranchée-abri est totalement détruite mais aussi noyée par l’eau qui s’échappe des réservoirs crevés de 900 mètres cubes, au pied desquels elle avait été creusée. 26 cheminots dont la jeune infirmière du cabinet médical y périssent.
Histoire de Sotteville à celle de Hiroshima et de Nagasaki…
Entre le 4 septembre 1939 et le 30 août 1944, veille de la Libération de Sotteville-lès-Rouen, l’aviation allemande puis celle des alliés bombardent à 38 reprises cette cité ferroviaire. Le plus effroyable de ces pilonnages est sans conteste celui de l’aviation anglo-américaine intervenu dans la nuit du 18 au 19 avril 1944. Les sites stratégiques constitués à l’époque par l’une des plus grandes gares de triage d’Europe, ses ateliers de maintenance et de construction de matériel ferroviaire, expliquent cela. Mais également sa proximité avec les plages normandes du débarquement (opérations Jubilee à Dieppe du 19 août 1942 et Overlord du 6 juin 1944). Ces raids aériens manquent de précision. Le viseur d’altitude Norden qui équipe les appareils de l’U.S. Air Force à l’été 1942 est expérimenté pour la première fois. Il n’est pas au point. Il le sera trois ans plus tard pour le lancement de deux bombes atomiques, les 6 et 9 août 1945 au-dessus de Hiroshima et de Nagasaki au Japon.
Le bilan des pertes humaines et des destructions est terrible pour Sotteville :
- 722 morts dont 47 fusillés ou morts en déportation ;
- 1 814 maisons totalement détruites
- et 3 143 gravement endommagées sur 7 895, soit près des deux tiers.
Parmi ces victimes, on totalise :
- 108 cheminots morts sous les bombes ;
- plus de 300 totalement sinistrés, près de 900 partiellement ;
- 30 tués par faits de guerre ;
- 17 morts en déportation sur 21 déportés ;
- 4 fusillés.
Un funeste décompte à rapporter à l’estimation de 9 000 cheminots tués au plan national, toutes causes confondues.
IHS CGT Fédération des cheminots / UD 76 – S. BRIÈRE.
Biblographie:
– Sotteville Les feuilles mortes – volume II de Léon Leroy, Daniel Andrieu et Jean-François Glabik – Éd. : Maison pour tous de Sotteville-lès-Rouen, 1990 ;
– Les ateliers de Quatre-Mares Huit décennies au service de la réparation des locomotives – Thème V La période de la guerre (1939-44), Groupe archives Quatre-Mares : Sandrine Folliot, Loïc Leblanc, Joël Lemaure, Michel Croguennec, Stéphane Lenglet et Raymond Thieulin – Éd. : La Vie du Rail, 1996 ;
– Rouen et sa région pendant la guerre 1939-1945 de G. Pailhès – Éd : Bertout ‘’La Mémoire Normande’’, 1993 ;
– Rouen désolée de René-Gustave Nobécourt – Éd. Médicis, 1949 ;
– Objectif Rouen 1er raid américain sur l’Europe 17 août 1942 de Paul Le Trevier – Éd. : Comever Rameau, 2005 ;
– Ce qui s’est vraiment passé le 19 avril 1944. Le martyre de Sotteville, Rouen et la région de Paul Le Trevier & Daniel Rose – Éd. : Comever Rameau, 2004 ;
– Cheminots justes parmi les Nations de Laurent Thévenet – Éd. Rails & histoire, 2023 ;
– Le Patrimoine de la SNCF et des chemins de fer français – Éd. : Flohic, 1999 ;
– RÉSISTANCE (S) Rouen, sa région, la vallée du Cailly entre histoire et mémoire (1940-44) de Alain Alexandre et Stéphane Cauchois – Éd. : L’écho des vagues, 2015 ;
– Cheminots victimes de la répression 1940-1945 Livre mémorial sous la direction de Thomas Fontaine – Éd. : Perrin/ SNCF/Rails et histoire, Paris 2017 ;
Autres sources:
– Sotteville au fil du temps. Site Internet de photographies et d’histoire de la commune de Sotteville-lès-Rouen créé en 2015, association depuis 2023,
– Le fil rouge n° 77, journal de l’Institut d’histoire sociale de l’Union Départementale CGT de Seine-Maritime (IHS CGT 76), 1er trimestre 2023.
Les 26 victimes du bombardement du 5 septembre 1942
- AMICE Eugène, ajusteur, marié, 45 ans ;
- AUBRY Émile, ajusteur, marié, 33 ans, un enfant de 6 ans ;
- BARILLAUD André, ajusteur, marié, 31 ans ;
- BASSET Jean, Manœuvre, marié, 50 ans, quatre enfants de 22, 20, 15 et 12 ans ;
- BERRY Robert, aide-ajusteur, marié, 28 ans ;
- BERTHOU Auguste, chef de brigade d’ouvriers, marié, 46 ans, un enfant de 22 ans ;
- BINET Raymond, conducteur d’autorail, marié, 34 ans, quatre enfants de 12, 8, 4 et 1 an ;
- BLARRE Georges, ajusteur, marié, 31 ans, 2 enfants de 3 et 1 an ;
- CHOUPEAUX René, ajusteur, marié, 29 ans ;
- ENGRAND Ernest ;
- GIRAULT Jean, ajusteur, veuf, 36 ans, un enfant de 7 ans ;
- GOSSELIN Madeleine, infirmière auxiliaire, célibataire sur le point de se marier, 28 ans ;
- GRINDEL André, ajusteur, marié, 47 ans, un enfant de 19 ans et trois beaux-enfants de 18, 17 et 14 ans ;
- HIS André, chaudronnier, marié, 29 ans, un enfant de 4 ans ;
- LEMARCHAND Georges, 21 ans ;
- LOUIS Robert, manœuvre au dépôt de Sotteville, marié, 30 ans, un enfant de 1 an ;
- MENGUY Pierre, ajusteur auxiliaire, célibataire, 22 ans ;
- MICHEL Lucien, ajusteur, marié, 27 ans, deux enfants de 2 ans et 3 mois ;
- NORMAND Jacques, marié, 31 ans, trois enfants de 8, 6 et 1 an ;
- PARIN Lucien, aide-ajusteur, marié, 37 ans ;
- PARMENTIER Robert, aide-ajusteur, marié, 32 ans, un enfant de 7 ans ;
- POSTEL Auguste, chaudronnier, marié, 30 ans, un enfant de1 an ;
- POTDEVIN Auguste, chaudronnier, marié, 32 ans ;
- SALLIOT Francis, aide-ajusteur, marié, 29 ans, un enfant de 4 ans ;
- SAUVAGE Louis, aide-ajusteur au dépôt de Sotteville, marié, 30 ans ;
- TIENNEBRUNE André, aide-chaudronnier au dépôt de Sotteville, marié, 30 ans, un enfant de 5ans.
Les 57 autres par faits de guerre sous la Seconde Guerre mondiale (1939- 1945)
- ARSICAUD Eugène, mécanicien de route, marié, 49 ans, tué le 28 novembre 1942 vers 23h30 au cours du mitraillage du train 6218 à Elbeuf-St-Aubin ;
- AUMONT Charles, chauffeur de route, marié, 39 ans, trois enfants, tué par bombardement aérien le 18 mai 1940 en gare d’Amiens St-Roch alors qu’il remorquait un train ;
- BAIET Joseph, mécanicien de route, détaché à Dieppe, marié, 45 ans, un enfant de 22 ans, tué le 11 août 1943 à 12h sur le train 1055 mitraillé en gare de Longueville-sur-Scie ;
- BÉNARD Roger, chauffeur de route, marié, 45 ans, tué le 9 juin 1940 dans un tamponnement en évacuant le dépôt de St-Pierre-lès-Elbeuf au cours d’un bombardement ;
- BERTHELÉ François, conducteur d’autorail faisant fonction de chauffeur de route, marié, 34 ans, trois enfants, tué le 1er juillet 1943 sur la machine 230.201 du train 3100 mitraillé entre Motteville et Barentin ;
- BILLARD Albert, mécanicien de route, marié, 38 ans, un enfant, tué le 9 juin 1940 dans un tamponnement en évacuant le dépôt de St-Pierre-lès-Elbeuf au cours d’un bombardement ;
- BONNIEU René ;
- BRUNOT Robert ;
- BUNEL Robert ;
- CALTOT Jean, manœuvre, marié, 37 ans, huit enfants, tué le 9 juin 1940 dans un tamponnement en évacuant le dépôt de St-Pierre-lès-Elbeuf au cours d’un bombardement ;
- CAQUELARD Victorien ;
- CHAPUIS Maurice, manœuvre, marié, 41 ans, deux enfants, tué le 9 juin 1940 dans un tamponnement en évacuant le dépôt de St-Pierre-lès-Elbeuf au cours d’un bombardement ;
- CHEDEVILLE Maurice ;
- CUVIER Joseph ;
- ELAISEMENT Joseph ;
- DELCOURT Maurice, chauffeur de route, marié, 41 ans, trois enfants de 13, 9 et 7 ans, tué grièvement brulé le 26 juillet 1942 à 2h45, entre les gares de Foucart-Alvimare et de Bolbec-Nointot par un avion qui mitraillait son train 51-29 et tombé à proximité de sa machine après avoir pris feu ;
- DROUET Bernard ;
- DUBOS Louis ;
- DUMANOIR Émile, manœuvre, marié, 34 ans, deux enfants de 6 et 5 ans, tué le 9 janvier 1943 vers 17h30 lors du bombardement du dépôt de Sotteville ;
- DUVAL René ;
- DUVALLET Eugène ;
- FOLLET Roger ;
- GAUTREY Paul, chauffeur de route, marié, 37 ans, huit enfants de 14, 12, 10, 7, 5, 4, 4 et 1 an, tué le 5 août 1944 par mitraillage ;
- GODEBIN Marcel ;
- GOUDARD Frédéric, mécanicien de route, marié, 55 ans, un enfant, tué le 5 juin 1940 à proximité de la bifurcation de La Londe, au cours du déraillement de sa machine sur une voie détruite par un bombardement aérien ;
- GRICOURT Auguste, mécanicien de route, 52 ans, tué le 18 mai 1940 à Amiens St-Roch, victime d’un bombardement aérien en réparant sa machine ;
- GUERY Joseph, chauffeur de route, marié, 39 ans, un enfant, tué le 9 juin 1940 dans un tamponnement en évacuant le dépôt de St-Pierre-lès-Elbeuf au cours d’un bombardement ;
- HAYS Paul ;
- LAMBRON Marcel ;
- LEGROS Théophile, élève mécanicien, marié, 38 ans, un enfant de 20 ans, blessé grièvement le 5 décembre 1942 vers 14h50 lors du mitraillage du train qu’il remorquait à Saussay St-Martin et décédé peu après des suites de ses blessures ;
- LEROY Pierre ;
- LESTERLIN Michel ;
- LOMELLINI Antoine, chauffeur, marié, 29 ans, un enfant de 2 ans, tué le 26 novembre 1942 vers 23h30 au cours du mitraillage du train 6218 à Elbeuf-St-Aubin. Avait été blessé une première fois le 28 juillet 1942 sur sa machine, train 5129 entre Vernon et le Goulet, plaie jambe droite par éclats ;
- MARTIN Aristide, mécanicien de route au dépôt de Sotteville, marié, 41 ans, trois enfants de 15, 14 et 8 ans et également en charge d’un neveu de 8 ans, le 29 juillet 1942 vers 17h15 entre Longueville et Auffay, équipant le train 24-24/2685 mitraillé par avion, a reçu des balles dans la tête et l’omoplate gauche occasionnant son décès vers 19h10 ;
- MOREL Marcel ;
- MORICE Raymond ;
- MORIN Marcel ;
- PARMENTIER Georges ;
- PILLU Lucien, manœuvre, marié, 32 ans, deux enfants de 4 et 1 an, tué le 27 septembre 1943 au cours du bombardement aérien de Sotteville ;
- POSTEL Victoria, auxiliaire au dépôt de Sotteville, veuve, 30 ans, un enfant de 2 ans, tuée en service le 27 septembre 1943 au cours du bombardement aérien de Sotteville ;
- PRIEUR Raymond ;
- QUINTON Alphonse ;
- ROUSSEL Georges ;
- SIMON Fernand, manœuvre, marié, 37 ans, un enfant de 3 ans, tué le 3 novembre 1942 à 2h40, lors du mitraillage du train 51-71 entre Grémonville et Doudeville ;
- SORET Marcel ;
- TABOUR Robert ;
- TALBOT Louis ;
- TONQUEDEC Pierre, mécanicien de route, veuf, 48 ans, une fille infirme de 23 ans, blessé grièvement par balle le 10 août 1944 lors d’un mitraillage aérien entre Morgny et Préaux-Isneauville et décédé le 12 août 1944 ;
- TOUYER Yves, chauffeur de route à Sotteville, 38 ans, tué le 5 juin 1940 à proximité de la bifurcation de La Londe, au cours du déraillement de sa machine sur une voie détruite par un bombardement aérien ;
- VAILLANT Lucien ;
- VANDEVELDE Jean ;
- VARNIÈRE André ;
- VASSE Raymond ;
- VIGOR Gaston, mécanicien de route, 47 ans, blessé en service le 6 septembre 1943 au cours du bombardement aérien de la gare de Serqueux, est décédé le 11 septembre 1943 à 6h45 des suites de ses blessures ;
- WATTEEL Fidèle, mécanicien de route, marié, 41 ans, un enfant, tué le 9 juin 1940 dans un tamponnement en évacuant le dépôt de St-Pierre-lès-Elbeuf au cours d’un bombardement ;
- WATTEEL Jean ;
- WATTEEL Pierre.
Source : Archives SNCF Béziers cote 118LM096/1 – Agents de la Région Ouest tués en service.
Les 9 cheminots fusillés ou morts en déportation
- BLONDEL Léon, mécanicien de route, 53 ans, exécuté le 26 août 1944 à Saint-Étienne-du-Rouvray après qu’il ait tenté avec cinq autres camarades de récupérer des armes et du matériel se trouvant dans des camions allemands.
- BRETON Henri, chaudronnier, marié, 46 ans, assassiné le 19 septembre 1942 à Auschwitz en Pologne. Depuis 1933, il est membre du conseil d’administration de la maison du peuple de Sotteville. En 1934, il en devient le trésorier. Actif à la cellule communiste du Dépôt, le 29 novembre 1941, avec d’autres cheminots, il est arrêté par la police française qui agit pour la Feldkommandantur de Rouen. Soupçonné d’avoir participé à l’attentat contre une librairie allemande, il est transféré au camp de Royallieu à Compiègne, puis désigné comme otage et déporté au camp de concentration d’Auschwitz-I où il arrive le 8 juillet 1942. Il y meurt le 19 septembre de la même année.
- CANTON René, ouvrier, 33 ans, condamné à mort et fusillé le 30 juillet 1943 à Grand-Quevilly. Membre de la cellule communiste du Dépôt, il agit dans la résistance dès février 1941, puis au sein des FTP créés en avril 1942. Interpellé et arrêté le 19 mars 1943 à son domicile, il est inculpé par la justice française « d’incendies volontaires, d’activité communiste, de détention d’armes et de menées subversives ». Le 23 juillet 1943, sous l’inculpation d’activité de franc-tireur, il est condamné à la peine capitale. Sept jours plus tard, il est fusillé à 6h21 au stand de tir du Madrillet à Grand-Quevilly.
- FIANT Pierre, manœuvre, marié, 30 ans, un enfant, exécuté le 26 août 1944 à Saint-Étienne-du-Rouvray après qu’il ait tenté avec cinq autres camarades de récupérer des armes et du matériel se trouvant dans des camions allemands.
- FORFAIT André.
- MALMAISON Raymond, élève mécanicien (janvier 1941), marié, 40 ans, condamné à mort et fusillé le 10 mars 1943 à Grand Quevilly. Résistant, le 21 septembre 1942, il est surpris à couper les conduites de frein d’un wagon de marchandises et est incarcéré. Vingt-neuf sabotages similaires sont dénombrés par l’occupant dans le même secteur depuis le 5 septembre. Condamné le 15 janvier 1943 à huit ans de réclusion en pénitencier, ce jugement est annulé treize jours plus tard pour qu’il comparaisse de nouveau, le 4 mars, cette fois sous l’inculpation d’activité de franc-tireur et de déprédation commise avec instrument. Condamné à la peine capitale le 10 mars 1943, il est fusillé à 7h14 au stand de tir du Madrillet à Grand-Quevilly.
- PICHARD André, ajusteur-monteur, marié, 41 ans, un enfant, fusillé comme otage le 31 mars 1942 à Grand-Quevilly. Le 31 janvier 1942, il est identifié comme l’auteur du vol d’un pistolet automatique appartenant à un des marins allemands. Quelques semaines plus tard, il est condamné à la peine capitale. Ce jugement n’est pas confirmé tout en réservant la possibilité de le désigner comme otage potentiel. Le 23 février, un attentat est perpétré au Havre contre un détachement de marins allemands. En représailles, André Pichard est fusillé le 31 mars au stand de tir du Madrillet à Grand-Quevilly.
- RICHER Abel, manœuvre spécialisé, marié, 32 ans, arrêté dans le Reich, condamné à mort et guillotiné le 12 février 1945. Le 4 décembre 1942 il est requis pour travailler en Allemagne. Embauché comme chauffeur de locomotive dans la Ruhr, il dérobe régulièrement sur son lieu de travail des colis postaux destinés aux militaires allemands, ou en détruit volontairement le contenu. Appréhendé, il est écroué à la prison de Hagen, puis le 20 novembre 1944 à Dormund, où il est condamné à mort le 20 décembre 1944. Transféré le 12 janvier 1945 à la prison de Wolfenbüttel, il y est guillotiné un mois plus tard, le 12 février 1945 à 12h21.
- TEXIER Edmond, ouvrier tourneur retraité, veuf, 60 ans, mort en déportation le 15 août 1943 à Sachsenhausen. De 1932 à 1939, il est membre administrateur de la Maison du peuple à Sotteville et fait partie du bureau du rayon communiste local. Le 29 novembre 1941, il est arrêté, puis livré comme otage par les services français, le 21 janvier 1942. Cette arrestation fait suite à l’attentat dirigé à Rouen contre un magasin de propagande allemand, rue Jeanne d’Arc. Transféré au camp d’internement de Compiègne le 24 janvier 1943, il est déporté à Sachsenhausen dans le cadre de l’Aktion Meerschaum visant à envoyer de la main-d’œuvre esclave dans le système concentrationnaire. Il y meurt le 15 août 1943.
Source : livre Mémorial Cheminots victimes de la répression 1940-1945 Ed. PERRIN/SNCF/Rails et histoire, Paris 2017