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Les congés payés : une conquête ouvrière

L’année 2026 signe les 90 ans des congés payés. C’est après un mouvement de grève massif que les travailleurs et travailleuses ont gagné les deux premières semaines de congés payés en 1936. Cette revendication fut arrachée au patronat français dans une négociation dont l’histoire se souviendra sous le nom des accords Matignon. Que la plage était belle à ceux qui la découvraient à la faveur de ce temps libre obtenu de haute lutte.

Les congés payés mirent sur les routes, à vélo ou tandem, en auto ou en train, des milliers de travailleurs vacanciers allant surtout des villes vers leur campagne familiale d’origine et pouvant enfin bénéficier de billets de train à tarifs réduits. Là encore, il fallut une dure négociation entre le ministère des Loisirs, de la Jeunesse et des Sports et les compagnies de chemins de fer pour parvenir à cette innovation sociale ! Les cheminots, eux, étaient au rendez-vous de ces nouveaux vacanciers dans les gares, au départ et à l’accueil de ces premiers trains de congés payés.
L’enthousiasme de cet été 36, dont on ravive la mémoire à juste titre pour ce qu’il a d’enseignements à nous livrer, était à la hauteur des attentes et des engagements des masses populaires exprimés au cours des mois précédents. Le contexte de cet acquis social est lui aussi riche d’enseignements. La crise économique, les scandales financiers, le danger fasciste, le chômage de masse et la misère furent en effet à l’origine des luttes revendicatives, comme de celles contre le fascisme et en faveur de la paix. Et ce sont les exigences de rassemblement et d’unité, de démocratie qui ont rendu possible la victoire du Front populaire en mai 1936.

Dix ans après, en 1946, la création des comités d’entreprise voit le jour. La gestion des activités sociales passe entre les mains du mouvement ouvrier, qui en fera un puissant outil au service de l’émancipation. La CGT s’investit alors pleinement. Elle contribue à l’essor du tourisme populaire avec la multiplication des colonies pour enfants et la création d’un bureau de tourisme. En 1956, la troisième semaine est votée. En 1969, la quatrième, qui est aussi une des revendications de Mai 1968. La cinquième semaine sera quant à elle gagnée en 1982.
Encore aujourd’hui, une large partie des travailleurs et travailleuses ne peuvent pas partir en vacances. Alors, continuons à nous battre pour de meilleurs salaires et pour un droit au temps libre !

Thierry Roy, président de l’IHS CGT des cheminots.

Photo :  La famille Brunstein en vacances, en 1936. Le père et l’un de ses fils, Jacques (au centre), étaient employés aux Ateliers SNCF du matériel de la Folie à Nanterre – © Coll. IHS-CGT cheminots, Fi 33