La Transmanche, une longue histoire
La première grande liaison ferroviaire directe entre les gares Londres-Victoria et Paris Gare du Nord a été inaugurée le 14 octobre 1936. Il s’agissait d’un train de nuit et surtout d’une innovation majeure : les voyageurs montaient à bord à Londres-Victoria et restaient dans la même voiture-lits jusqu’à Paris Gare du Nord, sans avoir à quitter leur compartiment lors de la traversée de la Manche.
Le train empruntait les voies ferrées jusqu’au port de Douvres où les voitures étaient chargées sur un bateau, le Night Ferry, spécialement conçu pour transporter des wagons jusqu’à Dunkerque. Là, les voitures étaient replacées sur les rails et poursuivaient leur route vers Paris.
Ce service offrait un confort exceptionnel pour l’époque, réservé à une clientèle aisée. Il représentait un symbole de la coopération entre les réseaux ferroviaires britannique et français.
La présence française dans le Transmanche est historiquement liée à la SNCF. Dès sa création en 1938, la SNCF hérite de 6 navires exploités sur la ligne Dieppe-Newhaven, poursuivant une activité d’armement naval destinée notamment à assurer la continuité entre le réseau ferroviaire britannique et le réseau continental. Les liaisons concernent alors plusieurs ports : Calais, Dunkerque, Boulogne, Dieppe.
L’ouverture du tunnel sous la Manche en 1994 et l’arrivée de l’Eurostar bouleversent complètement l’économie des liaisons maritimes transmanche et réduisent drastiquement l’offre de traversée par ferry.
Pour la CGT, cette histoire est importante : le transport transmanche ne doit pas être considéré comme une simple activité commerciale. Il constitue une activité stratégique pour les territoires portuaires, l’économie régionale, l’emploi maritime et l’indépendance nationale.
L’évolution de ce transport n’a pas été un long fleuve tranquille pour les cheminots. Elle a été jalonnée par de nombreuses luttes menées à l’initiative de la CGT pour le maintien de l’activité, contre les filialisations successives et contre le dumping social. .
Thierry Roy, président de l’IHS cheminots.
Photo : La Tribune des cheminots n° ,713, mai 1994 – © Coll. IHS-CGT cheminots