L'IHS au 46e congrès de la Fédération CGT des cheminots
L’IHS a répondu favorablement à l’invitation de la fédération de tenir un stand lors de la tenue du 46e congrès fédéral du 6 au 9 octobre au palais des congrès de Montreuil.
Le dernier congrès tenu en Île de France était le 33e congrès d’avril 1983 à Nanterre.
Avoir son stand lors du congrès fédéral est important pour l’IHS. Les très nombreuses et nombreux délégués venus nous rencontrer lors de ces quatre jours de congrès en témoignent. L’intérêt pour l’histoire sociale de notre fédération est certain et nous encourage à poursuivre nos travaux pour permettre aux nouvelles générations de cheminotes et cheminots de s’enrichir de la connaissance des luttes passées, non pas pour les reproduire, mais pour en mesurer la portée, les enseignements tirés de chacune d’entre elles, mais aussi les rapprochements possibles avec les vécus d’aujourd’hui.
Ces rencontres constructives ont conduit 48 congressistes à rejoindre notre IHS. Nous nous félicitons de ces nombreuses adhésions.

Lors de son intervention devant le congrès, le jeudi 8 octobre, Thierry ROY, Président de l’IHS a rappelé :
« C’est en 1997 au 37e congrès fédéral qui se tenait à Lille qu’a été actée la création de l’IHS CGT Cheminots.
Alors pourquoi nos aînés ont décidé de s’occuper de notre histoire sociale ? Parce que connaître notre histoire sociale est essentiel pour notre activité.
Quand on parle de l’histoire sociale de la Fédération CGT des cheminots, on ne parle pas simplement de vieux documents, de dates ou de souvenirs appartenant au passé.
On parle de nous.
On parle de celles et ceux qui, avant nous, ont refusé de subir. De celles et ceux qui se sont organisés, qui ont fait grève, qui ont pris des risques, qui ont été sanctionnés, mais qui ont continué à se battre pour améliorer la vie et les conditions de travail des cheminots.
Connaître cette histoire, c’est savoir d’où nous venons. Et savoir d’où nous venons, c’est aussi mieux comprendre pourquoi nous nous battons aujourd’hui.
La période que nous traversons est une époque trouble et complexe à bien des égards, chacun en convient ; nous mesurons que des bouleversements sont en œuvre tant sur le périmètre du ferroviaire que sur un champ social et sociétal beaucoup plus large. Travailler sur l’Histoire peut vous apparaître comme superflu, c’est précisément dans ces temps troublés qu’il faut fréquenter l’Histoire.
Prendre le temps de plonger dans l’histoire de notre Fédération contribue à éclairer ce présent pour mieux appréhender l’avenir. Les questions essentielles qui vous sont posées aujourd’hui, les formes de luttes, l’unité syndicale, la place de la CGT dans le syndicalisme international, la structuration de notre Fédération, la conception du service public, le droit syndical et le droit de grève, la défense de la protection sociale, le rapport au fait politique sont autant de thèmes qui ont toujours traversé les débats internes à notre organisation.
Nul ne peut prétendre comprendre notre organisation et son mode de fonctionnement, s’il ne s’attache pas à connaître son histoire.
En prenant le temps de revisiter les différentes périodes traversées par nos aînés, vous verrez que notre organisation a toujours eu cette capacité, qui est toujours présente, à s’organiser pour mener le combat et rebondir, et vous trouverez dans cette étude l’énergie, l’optimisme et la conviction du possible pour aborder le temps présent et vous projeter dans le futur.
Il faut avoir cette idée en tête : aucun grand acquis social n’est tombé du ciel.
Les salaires, les garanties collectives, les congés payés, la protection sociale, les retraites, derrière chacun de ces droits, il y a des luttes.
Il y a eu des assemblées, des pétitions, des manifestations, des grèves. Il y a eu des cheminots qui ont accepté de perdre une journée de salaire pour défendre collectivement leurs collègues. Et c’est cela que notre histoire doit nous rappeler : un droit obtenu peut toujours être remis en cause si le rapport de force collectif disparaît.
La Fédération CGT des cheminots a été construite par des générations de travailleurs qui ont compris une chose fondamentale : isolé, le salarié pèse peu ; organisé collectivement, il peut imposer des revendications.
C’est cette solidarité entre les métiers, entre les établissements, entre les générations qui a constitué une force.
Cette conception du syndicalisme reste une question d’actualité.
Parce qu’aujourd’hui encore, face aux restructurations, aux suppressions d’emplois, aux changements d’organisation du travail ou aux attaques contre les garanties collectives, la question reste la même :
Sommes-nous capables de nous organiser collectivement pour défendre nos intérêts ?
Mais attention : connaître notre histoire ne signifie pas regarder constamment dans le rétroviseur. Notre objectif n’est pas de dire : « c’était mieux avant ».
Notre objectif est de tirer des enseignements des combats précédents.
Parce que chaque génération doit construire ses propres luttes et trouver les formes d’action adaptées à son époque.
Nous avons reçu quelque chose des générations précédentes : une histoire, une organisation et une expérience collective.
Nous avons maintenant une responsabilité : ne pas simplement conserver cet héritage, mais le faire vivre.
Connaître l’histoire de la Fédération CGT des cheminots, c’est comprendre que derrière chaque acquis il y a eu du courage, de la solidarité et de la mobilisation.
C’est comprendre que le syndicalisme n’est pas un spectateur des transformations du monde du travail. C’est une organisation de travailleurs qui se rassemble pour défendre ses intérêts et en conquérir de nouveaux.
Alors transmettons notre histoire.
Voilà pourquoi, l’Institut CGT d’histoire sociale des cheminots vous propose, sans relâche, de vous approprier cette histoire.
Nos outils informatiques comme notre bibliothèque numérique facilitent cet accès à notre histoire sociale.
Un autre aspect, et qui vous concerne directement, est de décentraliser cette histoire, pour ne pas traiter que de sujets nationaux ou d’activités nationales, mais de s’appuyer sur les réalités diverses également vécues dans nos secteurs et syndicats.
Notre institut attache beaucoup d’importance à l’histoire de proximité pour ne pas éloigner l’analyse et l’interprétation des faits, des lieux et des militants qui, dans les syndicats, ont vécu ou ont reçu en direct les échos des évènements, des luttes, des conflits qui ont jalonné l’histoire de la corporation des cheminots.
Veiller sur vos archives papier et numérique :
Aujourd’hui, les traces de notre activité sont souvent éclatées, dispersées et particulièrement fragiles même si des efforts sont faits dans certains secteurs et syndicats. Les archives syndicales sont souvent lacunaires ; malheureusement il y a eu de nombreuses pertes et destructions irrémédiables… Trop d’archives ont été détruites par négligence, manque de temps, de place (lorsque les armoires et bureaux débordent) ou par manque de précaution lors des déménagements, toujours dangereux pour les archives.
Or, l’Histoire se nourrit de faits précis que la seule mémoire humaine ne peut remplacer. Trop souvent, nous oublions que l’histoire s’écrit au quotidien : chaque jour dans le cadre de nos activités syndicales, quelle que soit notre position, nous produisons et recevons des documents (tracts, comptes rendus, déclarations, courriels…). L’ensemble de ces documents, qu’ils soient numériques ou papiers, constitue notre patrimoine commun dont la responsabilité est collective.
Notre histoire nous est disputée par les tenants de la version officielle. Dans leur pensée unique, la classe ouvrière et ses luttes revendicatives ou émancipatrices, ses conquêtes sociales sont totalement occultées.
Travailler sur nos archives permet de rétablir la vérité, la réalité des faits
S’il n’y a plus d’archives, la tâche devient difficile voire impossible
À la création du mouvement syndical, les trois fonctions essentielles étaient : le secrétaire général, le trésorier et l’archiviste.
Le soin à apporter à ce patrimoine collectif relève donc de notre responsabilité à toutes et tous ».

Le temps fort de ce congrès pour notre IHS fut la présentation par Thierry ROY, Président de l’institut et Serge WOLIKOW, historien, du livre « 1939-1945, les cheminots et la SNCF à l’épreuve de la guerre et de l’occupation allemande», tome 3 de la collection « les cheminots on s’en fait toute une histoire ».
Extrait de l’intervention de Thierry ROY :
« Ce troisième tome de la collection « Les cheminots, on s’en fait toute une histoire » prolonge une aventure intellectuelle et humaine engagée il y a plusieurs années pour redonner toute leur place aux cheminotes et cheminots dans le récit national, dans les luttes sociales.
Le premier tome, paru en octobre 2009, explorait la période 1823/1918 le second tome, publié en janvier 2017 la période 1919/1938.
Ce tome 3 a été construit collectivement. Un comité de rédaction composé des membres du Bureau de l’IHS élargi à d’autres camarades a été mis en place. Il a permis de se partager les recherches et le traitement documentaire.
Serge WOLIKOW, historien bien connu dans notre organisation, a assuré la direction, le conseil, la coordination de ce comité et s’est chargé de l’écriture finale à partir du travail réalisé par le comité de rédaction.
L’originalité de ce troisième volume réside en particulier dans le recours aux documents d’archives. Plus de 350 documents ont été sélectionnés et intégrés à l’ouvrage. L’iconographie a été pensée en étroite articulation avec le texte, avec plusieurs objectifs : nourrir le propos, donner chair aux événements, fournir des preuves, contextualiser les situations et parfois révéler des détails que l’écriture seule ne peut restituer. Elle vise également à faciliter la compréhension et à rendre la lecture plus vivante et accessible.
Ce livre bien que respectant la structure des deux premiers tomes a une maquette différente permettant une lecture plus aisée.
Décembre 1986-janvier 1987, une grève à redécouvrir :
Les congressistes ont reçu sur table le flyer présentant le colloque « décembre 1986-janvier 1987, une grève à redécouvrir » que l’IHS organise les 20 et 21 janvier 2027, au Campus Condorcet à Aubervilliers.
Organisé autour de cinq temps :
- Le moment du conflit et sa genèse
- Un mécontentement grandissant, un conflit aux multiples dimensions
- Un conflit diversifié ancré dans les territoires
- Un conflit aux effets multiples
- La portée de ce conflit
Présentations et débats animeront le colloque, avec la participation d’acteurs du conflit en 1986, de témoins, d’universitaires, de dirigeants syndicaux.
Nombreux sont venus nous voir sur le stand et nous avons pu échanger sur le programme.
Romain PITELET, secrétaire général adjoint de la fédération et vice-président de l’IHS lors de l’intervention de clôture du congrès a rappelé : « Comme vous l’avez entendu hier, l’IHS prend des initiatives pour vous approprier l’histoire. Le tome 3 en est témoin. Dans ce cadre, l’IHS organise un colloque « décembre 1986- janvier 1987, une grève à redécouvrir. Cette action a marqué durablement notre corporation. C’est pourquoi le colloque reviendra sur la genèse de ce conflit dans une période de mécontentement grandissant. Ce conflit à comporte de multiples dimensions, diversifié dans les pratiques et l’ancrage territorial. Quels en furent ses effets sur le plan des acquis immédiats et à moyen terme ,sur le plan syndical et au sein de l’entreprise .
Enfin quelle portée de conflit 40 ans après, en passant par novembre et décembre 1995.
Je vous invite à vous rapprocher de vos secteurs afin de vous inscrire à ce colloque »
Pour tous renseignements sur le colloque : colloque8687.ihs@cheminotcgt.fr
Crédits photos : ©Fédération CGT des cheminots